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Ile de Pentecôte Avril 2013

Compte-rendu de la mission de Solidarité Tanna à Melsisi, Ile de Pentecôte- VANUATU du 31 mars au 7 avril 2013.

Membres de la mission :
Marine BODINEAU « docta drug », pharmacienne
Etienne CADET- « docta tool », technicien
Jean-Etienne DEMORY –  docta blong woman, gynécologue-obstéricien
Arnaud DUPRET « docta chief »médecin généraliste, chef de mission
Monique KERANDEL «Chief nurse», infimière
Michel LOUIS, «docta blong toot» , dentiste
Jean ROLLAND « I strait nomo », interprète et correspondant permanent de l’association au Vanuatu
Carine SOLIGNAC « nurse» infirmière
Charlotte THIBEAUX « docta bone », ostéopathe

Objectifs :

Etudier les besoins sanitaires de la mission francophone de Melsisi , près d’un an après la restauration du dispensaire par les FANC (Forces Armées de Nouvelle-Calédonie) avec l’aide du SMA (Service militaire adapté) de Koumac ( Nlle-Calédonie), des forces armées du Vanuatu et d’un détachement des Forces Armées Néo-Zélandaises.
L’association ayant une vocation dentaire dès ses débuts sur l’Ile de Tanna voici bientôt sept ans, elle s’est dotée d’une valise portative permettant, moyennant une alimentation électrique, d’effectuer la plupart des soins dentaires courants.
Le concours du gynécologue obstétricien s’est avéré, lors des précédentes missions, très utile pour le complément de formation des infirmières obstétriciennes locales très sollicitées dans un pays à forte natalité.
Apporter des médicaments et des consommables tels que pansements et antiseptiques, ainsi que du petit matériel (cannes, déambulateurs, fauteuils roulants…) issus de dons perçus auprès des pharmaciens.
Il est apparu avec l’expérience qu’une grande partie de notre temps était consacré aux soins infirmiers et au traitement des douleurs ostéo-articulaires, mécaniques ou rhumatismales pouvant relever parfois de la médecine manuelle, raison pour laquelle nous nous efforçons de collaborer avec les infirmiers, kinésithérapeutes et ostéopathes dont l’expérience s’avère également enrichissante pour les soignants locaux.

Déroulement des opérations :

Départ dimanche soir 31 mars dans une ambiance bon enfant, le sur-poids désormais habituel avec 120 kg de fret hors bagages est à se partager à neuf…
Des tractations sont en cours avec Air Vanuatu pour améliorer cet aspect toujours épineux lors de chaque départ pour Vila.
La valise dentaire de 32 kg restera désormais en sûreté chez Jean Rolland à Bauerfield International ce qui augmentera d’autant les capacités d’envoi…
Après un passage éclair à la douane de Vila grâce à la « convention » qui fut un véritable sésame, (le douanier nous gratifiera d’un « merci pour votre grand cœur » mémorable), nous passons la nuit au Vanuatu Holiday Motel, où l’on nous offre «  la climatisation au prix du ventilo. », il faut dire que nous y avons nos habitudes depuis de nombreuses années !

Jour 1 – Lundi 1er avril.
Le réveil sera matinal à 4h30 car nous sommes répartis sur deux vols : le direct Vila-Pentecost (Lonorore) et l’omnibus Vila-Santo-Pentecost dont l’horaire est aléatoire…
Le comptage et re-comptage des bagages est toujours une partie de plaisir mais Jean nous facilite grandement les choses et négocie une ristourne sur l’excédent de fret : « seulement » 6000 VT.
Nous partons en ordre décalé mais prions pour nous retrouver au complet sans trop d’encombre à l’arrivée prévue vers 8h00.
Le « direct » arrive logiquement en premier sous une averse bien drue mais nous n’apercevons aucun comité d’accueil sur le tarmac hormis quelques poules et coqs et de rares bipèdes qui attendent on ne sait quoi…Nous n’avons le choix que d’attendre, le téléphone du père Herman restant désespérément muet.
Environ deux heures après nous, le Britten Norman de Santo se pose enfin, Jean-Etienne est livide, le vol fut agité et humide : de l’eau «venue du ciel » avait coulé sur son crâne et ses épaules… Il n’apprécie visiblement pas ce « baptême en l’air » ! Jean et Etienne au contraire sont hilares ! Nous apprendrons au retour que ce même vénérable aéronef aura terminé sa carrière dans un arbre le lendemain…Défaut de freins ou erreur de pilotage…
Les quelques passagers repartis, nous nous sentons étrangement seuls au milieu de nulle part. Nous avertissons les rares passants que nous cherchons à rejoindre la mission de Melsisi par tous les moyens : on nous annonce deux heures de marche mais la notion du temps est chose délicate sous nos tropiques et nous vérifierons par la suite qu’il y a environ quinze kilomètres depuis Lonorore … en pleine chaleur.
Le moral s’assombrit après le passage d’un pick up de l’école protestante voisine venu récupérer des colis qui nous apprend que la voiture du père a eu un accident…(ce qui se révélera vrai, mais il remonte à plusieurs mois !) Vaines tractations pour nous embarquer, finalement on débouche une bouteille de vin providentielle ! Le moral remonte immédiatement…
Vers 12h30, un vrombissement lointain réveille les esprits embrumés d’une douce torpeur prodiguée par la moiteur de ce début d’après midi équatorial : un Mitsubishi flambant neuf dépose Edwige, infirmière et sage-femme à Melsisi.
Elle est dépitée : on ne nous attendait que dans dix jours ! Qui a inventé cette date du onze avril ? On saura plus tard que cette pauvre Edwige en endossera la responsabilité sans qu’elle y soit pour quelque chose…Le kava est-il passé par là ?
Nous sommes dubitatifs quant aux capacités du véhicule à nous contenir avec armes et bagages, nous le serons encore plus lors du premier franchissement de gué ! Les quatorze kilomètres et demi à parcourir jusqu’à la mission seront effectués en un peu moins d’une heure trente soit environ neuf km/h de moyenne…et quelques douleurs aux ischions !
La mission de Melsisi s’offre enfin à nous par ce bel après midi de Pâques : vaste coteau surplombant la baie, adossé à la montagne luxuriante où paissent les vaches et picorent les volailles au milieu des humains hilares. On dirait une allégorie du bonheur que Rousseau n’aurait pas démentie. On comprend le choix des missionnaires qui ont même laissé quelques vignes !
Notre équipage est moins gaillard et d’aucune dont la morale réprouverait que j’évoquasse ici le nom baptisa du fruit de ses entrailles la terre promise durement acquise…
Il est vrai que la journée fut longue et éprouvante. Le père Herman nous fait de brèves excuses, il revient à pied de la côte Est où il a célébré Pâques, les sœurs qui doivent nous loger sont encore en chemin et ont gardé la clé de la maison bleue accrochée à la colline. On s’avachit à l’ombre des tamanous, à peines rafraîchis par un peu d’eau fraîche et quelques biscuits agrémentés de quartiers d’oranges apportés par Edwige.
Nous visitons ensuite le presbytère et son jardin potager puis vient l’exploration de l’église « art déco tardif » fierté de Melsisi qui est, avec ses mille cinq cents places assises, la plus vaste de l’archipel.
Nous prenons enfin nos quartiers en milieu d’après midi, les dames en bas, les messieurs en haut : la hiérarchie océanienne est respectée !
Je propose un bain de mer puis de rivière pour nous remettre d’aplomb avant le dîner. Nous achetons quelques boissons tièdes au magasin local -pas de bière- que nous ferons rafraîchir à la rivière !
Le Père nous accompagne et se baigne avec bermuda et ceinture ! L’eau est délicieuse, des enfants jouent autour de nous, deux pirogues à balancier se détachent au loin dans le soleil couchant.
Le Père nous explique entre deux brasses et raclements de gorge le commerce fructueux du kava avec ses livraisons maritimes hebdomadaires par le colporteur australien au grossiste de Vila. Les sacs de trente à soixante kilos sont descendus à dos d’homme depuis la montagne. Nous avions déjà éprouvé les qualités de marcheurs-porteurs de ces hommes et femmes secs et nerveux lors de notre passage à Ambrym.
Nous nous rinçons dans l’estuaire de la rivière dont la source alimente la mission d’une eau de qualité et qui ne nous a jamais fait défaut. Nous n’avons pas eu à constater de pathologies cutanées liées au défaut d’hygiène comme à Tanna ou à Ambrym. L’eau ne semble pas être ici un souci comme en témoignent le lavoir et les douches publiques !
Nous improvisons ensuite un repas dans la petite cuisine attenante à la « maison des hommes » : thon en boite et riz arrosé de Soyo et de quelques rasades d’un précieux liquide couleur bordeaux…
Jean disparaîtra avant le repas avec le père : kava oblige ! Pour ce soir nous passerons notre tour : la journée aura été assez longue…

Jour 2- Mardi 2 Avril
De bon matin nous prenons nos quartiers au sein du dispensaire fraîchement restauré par la mission Castor 2012.
Impression très favorable : les locaux sont impeccables, matériel en bon état, dossiers patients classés, personnel motivé !
Nous sommes conviés à une brève coutume au sein du dispensaire. Le chef Vital, entouré de deux coutumiers parait assez diminué après un accident vasculaire cérébral en juillet dernier. Il est secondé par l’interlope infirmier en chef Lawrence, anglophone forcené, comme il se doit à ce poste clé au sein d’une mission officiellement francophone... Nous avions déjà signalé cette bizarrerie à Tana avec l’infirmier Gibson désespérément hermétique à Molière. Pourquoi ne pas exiger le bilinguisme à ces postes de responsabilité ? Pourquoi les études d’infirmier ne se font-elles qu’en anglais ? Comment justifier certaines associations françaises qui n’enseignent qu’en anglais ? Certes, le bichlamar reste la langue véhiculaire au Vanuatu mais le message est clair : pour accéder aux postes à responsabilité il faut être anglophone !
Je rappelle que le Vanuatu est officiellement trilingue et que la France contribue financièrement au maintien de la francophonie ce qui légitime à mon sens une certaine intransigeance de notre part. Fermons ici cette parenthèse.
Le père Herman célèbre la coutume et nous échangeons nos présents après nous être présentés tour à tour.
J’insiste sur le volet pédagogique de nos missions ce qui n’aura pas l’effet escompté sur Lawrence qui prendra rapidement la poudre d’escampette ! Là encore nous entrevoyons l’ambiguïté de perception de nos missions : sommes-nous des auxiliaires bienveillants ou bien des concurrents néo-coloniaux ?
Nous serons plus chanceux avec les infirmières auxiliaires et les stagiaires qui feront preuve d’assiduité malgré la moiteur souvent pénible. Jean-Etienne et Charlotte auront des échanges intéressants avec Edwige la sage femme, Marine avec Stessie la pharmacienne, Michel commencera l’éducation à l’art dentaire d’un auxiliaire sanitaire, Marie-Thérèse quant à elle bénéficiera de mes conseils médicaux.
Cette première journée sera assez calme, les habitants n’ayant pas été prévenus de notre venue… Les premiers patients demandent si notre prestation est payante : ici comme à Tana et Ambrym, la consultation coûte deux cents vatus. (ce qui, rapporté au SMG local d’environ 20 000 VT ferait une consultation* à environ 1500 cfp - non remboursés - en Nouvelle-Calédonie où, rappelons-le, la part non remboursée d’une consultation de médecine générale pour un adulte est d’environ 2500 cfp, hors mutuelle et AMG )
En réalité la santé comme l’éducation est supposée être gratuite mais la dotation du ministère de la santé est insuffisante pour acheter les médicaments et consommables. Les responsables des dispensaires ont donc recours au payement à l’acte.

*Toute proportion gardée car la consultation en dispensaire est quasiment toujours effectuée par un infirmier et non par un médecin au Vanuatu…

C’est pourtant lors de cette première journée que nous recenserons les cas les plus originaux :
- Noël Bulsap, un jeune garçon de sept ans souffrant d’une grave insuffisance cardiaque congénitale avec dyspnée de stade IV et retard de croissance : j’inclinerais a priori pour une malformation intra cardiaque plus que pour une valvulopathie.
- Ghilaine X, environ trente cinq ans, adressée à Jean-Etienne pour un supposé hydramnios qui se révèle être une volumineuse ascite évoluant depuis trois mois environ avec oedèmes des jambes et anémie et dont nous n’aurons pas pu faire le diagnostic précis à défaut d’examens complémentaires…Tout juste aurons-nous pu soulager un peu ses douleurs par un morphinique et des diurétiques. Nous n’aurons pas l’occasion de l’accompagner à Vila du fait des réticences de la famille et de Lawrence… Cette femme courageuse semble résignée à mourir ici…
- Un cas plus léger mais bien informatif quant aux ressources sanitaires insulaires : une inégalité des membres inférieurs « acquise » chez un jeune homme d’une vingtaine d’années. Victime d’une fracture tibiale déplacée, la consolidation spontanée autour d’un volumineux cal aura entraîné un raccourcissement de la jambe …Etienne essaiera de lui bricoler une « claquette compensée »

Michel assisté de Carine commence sa première longue série d’extractions ; il est frappé par le mauvais état dentaire des plus petits : les bonbons, sodas et autres biscuits sont à l’étal des petits magasins de Melsisi…
La journée s’achève au nakamal après un bain de mer délicieux. Melsisi compte plusieurs nakamals mais ils n’ont pas le charme de ceux visités à Tana ou Ambrym, il s'agirait plutôt de particuliers qui profitent de la vogue du kawa et proposent leur production.
Mais la nuit sans lune nous permet d’apercevoir au loin le rougeoiement des volcans d’Ambrym sur fond de voie lactée et nous profitons pleinement de ce spectacle grandiose au son de quelques raclements de gorge caractéristiques…  Pentecôte, nous dit-on, serait l’île première exportatrice de la précieuse racine. Nous ne vérifierons pas cette assertion souvent entendue ailleurs…

Jour 3-Mercredi 3 avril.
Le soir venu, les vaches prennent  possession du territoire et nos nuits seront bercées par les souffles et les ruminations, quelquefois ponctuées de puissants meuglements qui vaudront  sarcasmes et surnoms divers à nos voisins de chambrées…
Les coqs ici comme ailleurs sont très matinaux et le soleil déjà chaud coupe net toute velléité de grasse matinée.
La population s’est bien densifiée autour du dispensaire, la nouvelle de notre présence s’est répandue et des gens ont marché plusieurs heures depuis la côte Est pour nous trouver ici.
La grande nouvelle est la tenue du premier « saut du Nagaul » aujourd’hui. La saison dure environ trois mois, d’avril à juin, et l’île recevrait annuellement un peu moins de dix mille touristes pour l’occasion !
Nous travaillerons plus tôt ce matin afin de pouvoir partir pour la tour de saut vers 13h00.
Elle se situe cette année à proximité de l’aérodrome de Lonorore où nous avions pu assister aux préparatifs lors de notre arrivée.
Je suis surpris de voir plusieurs cas d’hypertension isolée méconnus ainsi que quelques cas de diabète dont un à 5 gr, apparemment bien supporté, sans cétose. Deux goitres dont un « historique » chez des femmes d’âge moyen me font encore regretter l’absence d’échographe portable.
Nous déjeunons rapidement puis partons avec le Mitsubishi du dispensaire moyennant 10 000 VT aller retour (et environ deux heures de trajet aller-retour soit environ  333 VT du kilomètre ou 5000 VT de l’heure ce qui est bien payé pour le Vanuatu !)
Nous arrivons vers 15h00 à Lonorore où un accueil avec colliers de feuilles nous est offert.
Nous nous acquittons dans une petite guérite prévue à cet effet de 6000 VT par tête (tarif négocié par Jean la veille autour d’un prix « touriste » annoncé de 12000 VT ! Merci Jean !)
Le spectacle est surprenant : une clairière est aménagée au milieu de la forêt, des souches toutes fraîches et quelques grumes restées là témoignent du labeur collectif. Une tour d’une vingtaine de mètres faite de jeunes troncs ébarbés s’élève à mi-pente autour d’un fut étêté choisi pour sa rectitude.
Au pied de la tour, un carré labouré marque la zone de réception.
Nous sommes les premiers spectateurs de la saison, à peine devine-t’on non loin de là une tour abandonnée recouverte de lianes feuillues : il s’agit des vestiges de celle de l’année passée, la nature luxuriante a déjà presque effacé les stigmates de l’éphémère ouvrage humain…
Femmes et enfants chantent en dansant derrière la tour, quasiment nus, quelques feuilles tressées autour de la taille tandis que les sauteurs en étuis péniens se préparent un à un.
Les sauts s’effectuent depuis une sorte de plongeoir dont l’axe se rompt à la réception afin de contribuer à amortir le choc. Chaque saut se fait à une hauteur supérieure au précédent et ce, jusqu’au sommet.
Les lianes sont préparées par un seul et même homme et sont réutilisées pour les sauts suivants si leur état le permet. Elles sont nouées par du chanvre aux chevilles des impétrants.
Vient enfin le premier saut, encouragé par le crescendo des clameurs alentours. Il s’agit d’un jeune homme dont on nous dit que c’est le premier saut…Difficile de débusquer l’authentique au sein du folklore, d’autres candidats sont manifestement des habitués. En tous cas, le premier sauteur sera aussi le dernier : il ressautera du plus haut échelon avec succès !
Six sauts en tout, un ou deux paraîtront un peu sonnés à la réception : coutume authentique ou bien spectacle, la prestation mérite au moins un certain respect.
Nous remercions nos hôtes qui auraient appréciés une consultation « délocalisée » mais nous leur promettons quelques boites d’antalgiques pour notre départ ce qui sera fait.
Les plus courageux viendront à Melsisi le lendemain ou le surlendemain.
 Nous prenons au départ quelques fruits frais proposés par les femmes à un prix défiant toute concurrence. Ils amélioreront bien notre dîner !


Jour 4 – Jeudi 4 avril
Les patients se sont accumulés durant notre absence : il faut nous organiser pour améliorer notre productivité, nous permutons les équipes mais je perds Marine qui va se consacrer à la pharmacie. En effet Stessie, responsable anglophone de la pharmacie a fait son apparition.
L’échange sera assez fructueux, Marine lui explique les équivalences entre les différentes molécules à l’aide d’un dictionnaire des médicaments que nous lui laisserons.
Charlotte commence à faire sa clientèle, d’abord féminine avec une flopée d’algies pelviennes adressées à Jean-Etienne qui en perd ses derniers cheveux, puis avec les lombalgies, gonalgies et autres scapulalgies habituelles…
Notons le cas d’un jeune enfant d’environ dix huit mois, victime d’une chute datant d’une semaine et dont l’épaule est déplacée. Il semble plus apeuré qu’algique et conserve une certaine capacité d’appui. Je penche pour une luxation antérieure plus que pour une fracture claviculaire mais les tentatives de réductions s’avèrent impossibles. Nous l’emmaillotons avec une contention souple que nous expliquons à la maman sans être persuadés de l’efficacité de la méthode…
 Nous commençons à comprendre que nous ne pourrons pas voir tout le monde…Cela semble être la préoccupation principale de Lawrence qui fait une apparition pour me référer qu’il s’inquiète d’un tel afflux de population ! Je m’énerve un peu et lui fais remarquer que nous ne sommes pas venus en touristes et que nous verrons autant de personnes que nous pourrons mais qu’il pourrait, lui, nous être fort utile en nous signalant les cas les plus graves et en recommandant à tous de donner la priorité aux enfants, femmes enceintes et personnes âgées. Il n’en sera rien mais je dois constater qu’ici moins qu’ailleurs sur les îles que nous avons visitées, les hommes se donnaient la priorité.
Le carton de lunettes se vide rapidement, chaque personne malvoyante, hommes et femmes d’âge mur venant essayer les verres, ce qui met une ambiance assez joyeuse au milieu de la chaîne de consultations !
Nous regrettons l’absence d’un ophtalmologue ou d’un opticien avec un minimum de matériel idoine. Nous manquons cruellement aussi de lunettes de soleil devant l’afflux de ptérygions symptomatiques…
Je rencontre des enseignants du primaire et du secondaire et leur demande d’organiser une brève rencontre avec les élèves pour faire l’information  à l’hygiène bucco-dentaire et à l’hygiène en général avec la notion de « péril fécal » et de contamination manu portée.
Nous avons noté en effet plusieurs cas de diarrhées invasives malgré une eau d’assez bonne qualité.
Rendez-vous est pris pour le lendemain matin.
Avec la chaleur de l’après midi et le manque de ventilation, la fatigue commence à peser, Michel et Jean-Etienne donnent le signal en déclarant leurs consultations closes à 17h00, je ne tarde pas à les suivre mais l’inertie de la machine et le petit rangement nécessaire font que nous n’irons nous rafraîchir à la mer qu’à la nuit tombante. Nous devons nous réserver car la dernière journée s’annonce très remplie : j’aurai pour commencer une cinquantaine d’élèves à examiner après notre « mission pédagogique » puis nous tenterons de recevoir tous les patients venus parfois de loin pour nous voir et qui attendent depuis deux ou trois jours pour certains !

Jour 5 – Vendredi 5 avril
Sans doute la journée la plus chaude, la nuit ne nous a donné que peu de fraîcheur.
Nous nous rendons à l’école vers 7h30 où le directeur nous attend.
Comme toujours depuis que nous faisons ces missions, le passage dans les classes reste un moment très émouvant. Les uniformes des enfants contribuent à l’image d’Epinal de nos classes primaires rurales sous la troisième république… quelques degrés en plus et le poêle à charbon en moins. Des petits drapeaux français en papier flottent sur les écritoires et sur le tableau noir s’égrènent quelques mots calligraphiés au milieu des dessins de zèbres, girafes et éléphants.
Michel remporte un franc succès avec ses démonstrations de brossage par un enfant de la classe choisi au hasard, les brosses et dentifrices sont laissés au directeur qui en fera la distribution.
Mon thème du promeneur déféquant au milieu de la bananeraie ou dans le lit de la rivière fait moins recette, pas plus que le lavage soigneux des mains après chaque selle et avant chaque repas. Je distingue néanmoins par quelques regards jetés alentours que « ça sent le vécu » au sein de mon auditoire…
Nous donnons quelques jeux éducatifs et livres scolaires aux instituteurs qui ont l’air très satisfaits.
Le marathon continue ensuite avec la « visite  scolaire » pour laquelle nous recrutons Etienne qui fait la biométrie avant le bref examen. Monique prend les notes et transmet l’élève à Marine qui délivre si nécessaire le traitement. Ainsi nous voyons tous les élèves en un temps record. Nous adressons à Michel quelques dentitions abominables et il battra aussi tous ses records d’affluence ce jour là.
La canne tripode s’avérera très utile pour le chef Vital qui se remet péniblement de son attaque. Le déambulateur trouvera aussi acquéreur auprès d’un pauvre jeune aveugle congénital de trente ans dont un des yeux opaques est difforme et globuleux alors que l’autre est atrophique ce qui lui donne un faciès presque vampiriforme…
Lawrence refait surface pour s’enquérir de l’heure prévue de clôture, il me reste une cinquantaine de patients à voir, sans doute autant pour Michel et Jean-Etienne…
J’annonce 18h30, sachant qu’il nous prévoit une coutume de remerciement pour 19h00…
Je m’appuie sur toutes les forces vives de la mission, Charlotte masse à tour de bras, Monique et Carine nous mettent sur « marche forcée » : on frise la surchauffe mais on tient le coup en pensant à notre potion magique, un petit rosé mis au congélateur le matin, ultime ressource de notre réserve stratégique…
Je réoriente deux cas « suspects » vers Jean-Etienne.
Une aménorrhée secondaire chez une jeune fille de seize ans accompagnée de sa mère qui s’avère être une grossesse issue du Saint-Esprit, l’adolescente jurant ses grands dieux qu’elle est vierge. Puis un volumineux « fibrome » chez une femme d’âge mur qui lui aussi s’avérera être une grossesse… deux histoires de chasse qui ruineraient définitivement une carrière à Paris mais mon vénérable maître Jean-Etienne passera l’éponge pour cette fois !
Epuisés mais contents d’en avoir fini nous arriverons à la coutume vers 19h30…
Un discours fleuve traduit par Jean nous est fait par Lawrence, le vieux chef fatigué ne dira quant à lui que quelques mots remplis de gratitude et venant du fond du cœur.
Lawrence nous fait part d’une « pétition » que la population aurait faite à l’association afin que nous venions chaque année. En fait il s’agit d’une lettre qu’il a rédigée, peut-être à la demande de certains, nous demandant notre concours ainsi que la possibilité de former du personnel à Nouméa comme nous l’avions évoqué à notre arrivée.
Nonobstant la forme, un peu particulière, il semble au fond avoir été impressionné par notre volontarisme qui ne fut pas que de façade et, en bon agent, il est fier de nous annoncer que nous aurions vu plus de trois cent cinquante patients en trois jours et demi effectifs soit une centaine par jour.
Le personnel du dispensaire  nous offre à chacun individuellement un présent et l’on nous sert le kawa de l’amitié en ayant la courtoisie d’excuser par avance les rebelles ou intolérants au précieux breuvage… Fatigué et content j’en boirai plus que de coutume et en ressens pour la première fois une certaine ivresse à laquelle le rosé bien frais aura peut-être un peu contribué ?
Jean et le père Herman avaient fait, une fois encore le repas, agrémenté des dons de nos voisines les sœurs. Qu’ils en soient remerciés !

Conclusion
Cette mission fut très riche, dense et pleine de promesses, de déceptions et de tristesse aussi quand je pense aux patients qui souffrent et que nous n’avons pas vu ou pas pu soulager, quand je pense que nombre d’entre eux pourraient être soulagés ou guéris sous d’autres latitudes.
Les leçons à tirer de cette première mission à Melsisi sont les suivantes :

Il est utile et de notre devoir d’y retourner parce que nous y avons fait un travail préparatoire qu’il faudra consolider. Je pense en particulier aux soins dentaires : deux dentistes sont nécessaires pour que les conditions de travail restent acceptables pour faire face à la demande qui est énorme en particulier pour la jeune population, celle dont il faut préserver le capital dentaire.

Les conditions de travail pourraient être facilement améliorées en installant des brasseurs d’air et/ou des ventilateurs. Les locaux vastes et propres s’accommodent parfaitement d’équipes nombreuses.

Le siège dentaire fonctionne bien et le courant d’origine solaire est d’une grande qualité, le reste du matériel dentaire nécessiterait un bilan et une discussion approfondie entre dentistes : la mallette fonctionnant bien, quelle serait la rentabilité d’un équipement fixe ?

Le personnel local est dans l’ensemble motivé et assidu, j’émettrais une réserve quant aux sentiments réels de Lawrence à notre égard. Il nous aura au moins facilité la tâche et n’aura jamais fait obstruction.

La nécessité d’un échographe portatif s’est fait jour une nouvelle fois, par ailleurs se pose la question de l’intérêt d’en installer un à demeure. Cela nécessiterait le maintien de la sage-femme actuelle pour que nous puissions la former, ce qui ne semble pas acquis…

En dernier lieu, j’ai été frappé par la forte prévalence de cardio-valvulopathies. Une collaboration avec un cardiologue serait sans doute rentable à la condition qu’il puisse y avoir une contribution efficace de chirurgiens vasculaires étrangers, en l’absence de service de chirurgie vasculaire et cardiaque en Nouvelle-Calédonie…

Voici quelques thèmes de réflexion qui me permettent de conclure comme à l’accoutumée : « Longue vie à Solidarité-Tanna » !

Arnaud DUPRET


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