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Action ::::::::::::::::::

mission Ambrym juin 2012
« Mission Ambrym juin 2012 » de l’Association Solidarité TANNA du 7 au 17 juin 2012

Membres participants :
Etienne Cadet, Chef de mission et « trésorier –technicien » de l’expédition
Arnaud Dupret, Médecin
Claire Ghiani, assistante,
Hervé Lantony, Médecin
Eric Lefloch, Médecin Hépato-gastro-entérologue
Katell Lefloch, Chirugien-dentiste,
Elsa Reichess, Sage-femme,
Kathy Voncina, Kinésithérapeute,
Ainsi que Michel Massa, guide-volcanologue assisté de Valérie Blustenne.
Et notre sympathique équipe audiovisuelle : Cédric et Yannick !
Sans oublier Jean Rolland d’Air Calédonie –Vanuatu qui nous a rejoint à Vila et qui fut aussi l’intermédiaire et l’interprète auprès des populations…Nous l’en remercions tout particulièrement !

Le départ de Nouméa est chaotique avec, comme d’habitude, une surcharge de bagages d’autant plus importante que nous emportons la mallette dentaire, véritable petit cabinet miniature et mobile pesant environ 35 kg…mais également tentes, matériel de camping et vivres nécessaires à notre expédition…
Nous débourserons à terme un sérieux pécule afin d’acheminer le tout à bon port ce qui achèvera de ronger les ongles de notre trésorier !
Arrivée à Vila : grâce à notre laisser-passer et quelques vatus, la douane est presque une formalité, une partie de l’équipe est prise en charge par M. RORI, rare francophone parmi les « haut fonctionnaires » vanuatais, pour les entretiens « officiels » concernant nos objectifs…Nous palabrons avec un personnage du ministère de la santé de la province de Tafea, dont ne fait d’ailleurs pas partie Ambrym…La réunion se tient au sein de l’ancien Hôpital Georges Pompidou de Vila aujourd’hui désaffecté et servant de bureaux fantomatiques à divers ministères.
Il ressort de cet entretien qu’Ambrym est « en souffrance » et manque de moyens de communication avec l’extérieur et dans l’île elle-même, à l’exception peut-être du nord qui est à l’abri des aléas du volcan et reste une escale touristique des paquebots australiens.
Il nous est demandé de faire un rapport de notre mission qui semble les intéresser…
Etape obligée au «  Vanuatu Holyday » où l’équipe se recompose, dernière nuit de confort avant Ambrym ! Petit malentendu au moment de retrouver Etienne venu nous prendre à l’ « Holyday Inn » pas exactement du même standing et surtout pas du tout au même endroit !
On rit jaune sur le coup car tout le monde a faim quand nous arrivons enfin chez Jean qui nous attend à souper depuis plus de 2 heures…

Nouveau départ le lendemain matin pour Ambrym où charger le matériel à bord du petit « Harbin » chinois relève du casse- tête du même métal…Suspens jusqu’à la fin alors qu’il est question de scinder le fret en deux voyages…Fort heureusement nos squelettes légers feront la différence et nous embarquerons au complet grâce à Jean qui fera des merveilles de diplomatie!
Moins d’une heure de vol après nous atterrissons sur le terrain de Craig Cove au nord-ouest d’Ambrym, piste en herbe mêlée d’asphalte à l’allure de porte avion…
Pick up hors d’âge et rares bâtiments aux toits éventrés nous attendent, témoins d’une époque pas si lointaine (1977) où fut inaugurée la piste, construite par une entreprise calédonienne avec un goudron spécialement élaboré en France pour cette géologie ingrate.
Quelques semaines plus tôt notre arrivée eut été impossible : nous apprendrons plus tard que le fauchage n’avait pas été fait depuis des mois pour cause de conflit foncier. Il aura fallu la hargne du seul infirmier de cette côte pour contraindre les autorités à le faire pour permettre une évacuation sanitaire en sursis depuis plusieurs jours ! La mort aussi doit parfois attendre !
Après quelques minutes de marche nous arrivons à la tribu où les préparatifs de coutume nous semblent interminables. Qu’importe ! L’accueil est grandiose : groupe de musicien, tribu au complet, allocutions et présentations, cadeaux, colliers de fleurs…une femme nous convie même à danser ce que quelques-uns dont moi-même nous empressons de faire provoquant l’hilarité générale !
On nous offre une rafraîchissante collation fruitée et colorée et il nous faut nous rendre à l’évidence : on attend beaucoup de nous !
Les bâtiments, dont l’ancien dispensaire, sont en piteux état, seul le presbytère en cours de « finition » semblerait accueillant, pourtant il ne servira qu’un ou deux jours par mois environ, le prêtre ne résidant pas sur place… L’école ni la santé ne sauraient remplacer la paix des âmes…
On se répartit dans trois bâtiments : médecins/kiné, dentiste et sage-femme…
Les débuts dentaires sont soumis aux caprices du groupe électrogène qu’il faut tenter de réparer et qui fournit épisodiquement un courant hasardeux et à peine suffisant.
Les consultations non plus ne démarrent pas d’emblée : crainte ou timidité, les plus téméraires ne sont pas les plus malades mais petit à petit on découvre les pathologies ( hypertension – consommation sodée importante ?-, dénutrition, parasitoses, cécité apparemment acquise chez un jeune enfant de 6 ans dont les pupilles opaques semblent remplies d’un épais liquide, nous faisons des photos pour avis spécialisé, plaie de cornée cécitante avec luxation du cristallin chez un autre de 10 ans…Ptérygions en séries… ) Les quelques paires de lunettes récupérées à Nouméa pour l’occasion feront aussi des heureux, chacun essayant et prenant celle qui lui paraît convenir…Hervé, chevaleresque fera don de sa paire comme d’autres avaient fait « don de leur personne à la France ».
L’eau semble être un problème car polluée dit-on par les pluies acides du volcan et saumâtre au fond des puits forés par la Croix Rouge. Etienne effectue des prélèvements qui seront envoyés pour analyse en Métropole…Cependant la végétation ne parait pas en souffrir plus qu’ailleurs…
Nous terminons la journée fourbus et dressons tentes et hamacs au milieu des volailles éparses alors que la nuit noire dévoile sa voûte céleste toujours magique sous ces cieux purs de toute lumière et pollution humaine.
Kava de rigueur, 20 Vt le sell et repas « traditionnel » puis petit pastis à la lueur de nos frontales …

J3 - Réveil matinal, les coqs sont très actifs dès très tôt, peut-être même la nuit entière…On se débarbouille avec le peu d’eau de pluie dont on dispose puis nous tentons de faire bouillir de l’eau avec le réchaud rouillé qui menace de tout faire péter, un courageux souffle régulièrement les premières flammes incendiaires…
C’est Dimanche, rien ne bouge et rien ne bougera avant la messe, le tambour d’Ambrym remplace la cloche pour battre le rappel…Ambiance plutôt joyeuse…Une vieille dame venue de loin au petit matin a eu vent de notre présence et attend sagement son tour pour « docta toot » ; je m’entretiens avec l’instituteur, Samuel Woawor, francophone : il m’explique que l’école est gratuite jusqu’au CM2 mais qu’il manque de tout : tables, chaises, craies, stylos et règles, livres de primaire ainsi que cahiers mais aussi savons et brosses-dentifrices pour l’école de Craig Coves.
Je m’étonne de l’absence de lait et d’œufs bien qu’il y ait vaches et poules. Samuel m’avoue que personne ne saurait traire ! Avec les responsables de la tribu la discussion s’élargit aux doléances plus générales dignes d’un conseil municipal : réfection du dispensaire, cuves à eau de pluie, filtres, groupes électrogènes…Etienne est sollicité discrètement par celui qui a prêté le sien : il réclame de l’argent… Notre position est sans équivoques : soins gracieux si prêt gracieux, nous payons le carburant mais rien d’autre !
Enfin la consultation peut recommencer. Nous avons peu de temps car nous devons nous remettre en route en début d’après-midi pour Sisivi où nous sommes très attendus ! Hélas nous sommes devenus populaires et plus on avance plus il en arrive ! Il faut trier, certains, malins, essayent de consulter deux fois en changeant de médecin…Kathy est débordée devant la profusion de corps perclus à masser et malaxer…On commence à ranger, il est temps de se remettre en route…
A l’exception d’Etienne et de l’équipe audio-visuelle restés avec le matériel, nous entamons la marche d’environ deux heures trente jusqu’à Sisivi, chemin de terre noire en sous-bois, cocoteraies, cases traditionnelles éparses, dépôts de coprah…
Arrivée très animée à Sisivi après une courte halte au dispensaire principal de Baiap où nous faisons la connaissance d’Yvon George Lingbu (tél. 678-7776510 ou 678-5617685), infirmier chevronné en charge de la côte ouest et qui y tient remarquablement son rôle depuis une vingtaine d’année. Il se dit prêt à nous aider pour l’organisation de futures vacations, a travaillé longtemps à Port Vila à Georges Pompidou et connaît bien la Calédonie. Il aurait des connaissances à la CMI et pourrait donc nous faciliter l’acheminement de matériel à Vila sur le Havannah…
Il manque d’antibiotiques puissants pour certaines broncho-pneumopathies ou plaies rebelles ainsi que d’anti-ulcéreux pour les « gastrites » dont il dit rencontrer beaucoup de cas. L’homme nous confirme encore le manque cruel de moyens et son obligation de faire payer les médicaments pour boucler son budget… Nous lui mentionnons également notre projet de stage hospitalier en NC pour un infirmier d’Ambrym comme cela avait été fait à Tanna. Il nous recommande ses collègues de la côte est à Ulei : Kalkandi (dit Karl) ou Jocelyn Kalangai son épouse dont nous reparlerons.
Sisivi est une petite tribu catholique lumineuse et aérée, herbe bien tondue, bâtiments fraîchement repeints, toilettes en batterie, jeux pour enfants et bacs à sable…noir, accueil bien orchestré : ça sent bon la discipline !
Après une brève coutume nous entamons les consultations dans une vaste et propre salle impeccablement dallée, le générateur fonctionne et l’eau de pluie est bien accessible grâce aux citernes modernes et entretenues. Katell, notre dentiste travaille avec acharnement tant que le jour le lui permet, la mallette dentaire peut enfin remplir sa pleine fonction ! Elle s’adjoint l’aide du « dentiste » local à qui elle prodigue conseils et encouragements…
Deux cas retiennent particulièrement notre attention : celui d’une femme de 48 ans au stade terminal d’une insuffisance cardiaque probablement d’origine mitrale, hormis diurétiques et conseils diététiques nous sommes bien impuissants …Par ailleurs nous voyons un jeune homme de 28 ans victime d’un déficit radiculaire L2 L3 d’apparition brutale apparemment post infectieuse et non régressif…Contrairement à Craig Cove nous ne rencontrons que peu de cas d’hypertension. Là non plus, pas d’obèse ni de malnutris…
Nous sommes tous fatigués après cette journée très complète et apprécions fort le bain nocturne aux sources d’eau chaude, en bord de mer, trésor naturel de Sisivi…
Là encore les femmes nous ont préparé un repas bien apprécié d’autant qu’il est amélioré de quelques bouteilles de vin de derrière les fagots…
J4 - Nous consultons encore ce matin-là avant de reprendre le chemin de notre ultime étape sur ce côté de l’île : Port Vato que nous atteignons après un peu plus de deux heures de marche sous une petite pluie fine qui sème le doute quant à l’ascension du volcan.
Ici, rien de reluisant, les locaux sont sales et sordides et la lumière insuffisante en ce jour pluvieux rend la consultation de cette fin d’après- midi peu réjouissante. En fait les patients sont essentiellement venus voir Katell qui fait l’une de ses plus grosses journées, épuisant les assistants dentaires les uns après les autres, d’autant plus qu’aucun générateur n’est disponible…
Elle explique que les caries ne sont pas les mêmes que dans nos pays « sucrés », elles sont plus sournoises car moins visibles et conséquence de la plaque dentaire ; là encore le brossage préventif s’impose ! Plusieurs centaines de dents auront été arrachées durant la mission pour seulement quelques soins conservateurs et quelques abcès « historiques ».
Les médecins sont un peu désœuvrés, nous en profitons pour reconditionner les médicaments en vue de notre escalade prévue pour le lendemain, si la météo est favorable…Nous montons les tentes sous la pluie pour certains, sous le préau pour d’autres …
Je discute avec l’un des chefs, lourdement handicapé qui me raconte son électrisation accidentelle sur un four de Doniambo à Nouméa dans les années soixante, accident dont il n’aurait pas reçu un kopeck… Heureusement le kava à la tribu fait un peu diversion et les femmes nous ébauchent un repas que nous améliorons de nos pâtes et autres conserves. Seule curiosité du village : le séchoir à coprah…mais tout est humide !

J5 - Mardi, on nous amène un groupe mais Katell est épuisée et se réserve pour la montée, quatre heures au moins prévue dans l’après-midi… Nous arguons une panne sur la mallette dentaire…Kiné, sage-femme et médecins prennent le relai car l’affluence est nettement supérieure à la veille comme souvent avec « radio cocotier »
Deux cas de lèpre ancienne dont un avec éléphantiasis et plaie nécrosante de l’avant pied faisant une cavité insondable et nauséabonde… Elsa notre sage-femme lui fait une injection d’antibiotiques et un pansement de propreté après irrigation de la cavité…Le second est une ichtyose sévère chez un vieil homme infesté de plaies et parasites qui subit le même traitement radical agrémenté d’une aspersion de lotion scabicide. Nous laissons à la personne qui l’accompagne une bonne quantité d’antalgiques car le malheureux n’est que douleur et désespoir…
Yvon, l’infirmier de Baiap nous a rejoint, nous lui laissons ce dont il pourrait avoir besoin tout en gardant de quoi soigner les tribus qui nous attendent de l’autre côté du volcan. Notre dernier malade est le grand chef du village qui « veut savoir s’il va bien » et s’en va sans plus manifester de sympathie. Décidément, nous ne regretterons pas cet endroit ! Kathy et Elsa qui ont eu des confidences de femmes nous diront qu’elles sont régulièrement « astiquées »
Midi, repas amélioré de sucres lents : la montée s’annonce. Il faut plus de porteur que prévu et la mallette et ses 35Kg pose problème : « Pourquoi la monter si elle ne fonctionne pas ? » Palabre, on évoque son acheminement par bateau mais nous ne sommes sûrs de rien. Finalement, malgré l’ingénieux système de housse à œillets prévu pour deux, un porteur insiste pour la porter seul : nous le paierons double !
Pluie fine mais supportable nous serpentons d’abord le long d’un couloir de cendres presque plat puis, par paliers, les obstacles rocheux et végétaux se font jour, la montée est moyennement abrupte mais continue, les jambes fatiguent, certains partis un peu vite s’essoufflent, les porteurs sont impressionnants d’aisance malgré leurs lourdes charges ! Jean déclare forfait et redescend avec l’un des guides, il nous rejoindra par bateau le surlendemain ; c’est rageant mais sans doute plus raisonnable ! Tout le contraire de Hervé qui s’obstine à porter ses deux sacs et fait son « épreuve d’effort » à moins que ce ne fut son chemin de croix ! La caravane s’étire, certains se perdent dans le dédale des crevasses de ce flanc de colline soumis à l’érosion et où le climat tropical humide a laissé libre cours à une dense végétation.
Enfin, après plus de quatre heures d’effort et alors que la température fraîchit et que l’air semble plus léger, nous apercevons la canopée et, ultime récompense, la Caldeira, immense, grandiose, soumise au vent : bien qu’à seulement 700 mètres d’altitude on se croirait sur les hauts plateaux andins…
Nous découvrons le camp de base sommairement aménagé, cabane de bois et feuilles, bâches et cuve à eau de pluie, situé dans une petite cuvette un peu abritée du vent. Repas « conserves » et pâtes « au feu de bois », puis le bivouac enfumé est agrémenté d’un double voire triple pastis ce qui donne libre cours aux conteurs d’histoires et faiseurs de grimaces, la fatigue est oubliée !
La nuit est moins festive car il pleut et vente abondamment, ceux qui ont choisi la cabane évitent les fuites et la partagent avec les rats, les campeurs sous tente sont parfois mouillés quand les toiles se décrochent !

J6 - Au petit matin nous découvrons que les vivres placés dans une poubelle « à l’épreuve des rats » baignent dans plusieurs centimètres d’eau. Heureusement le soleil qui fait timidement son apparition séchera et réchauffera nos cœurs et nos os.
11h00 : départ pour le Marum, l’un des volcans d’Ambrym et sujet de tous nos espoirs. Le guide redescendu avec Jean à Port Vato la veille nous a rejoint, frais comme au premier jour alors qu’il marche depuis l’aube ! La traversée de l’immense caldeira ne pose pas de difficulté mais les organismes se rappellent à nous, le vent est frais et l’on commence à sentir les vapeurs de soufre : toux et larmoiement, nous apprêtons nos masques à gaz.
Michel nous explique la volcanologie chemin faisant, passionné. Courte halte auprès d’une station de veille sismique exploitée entre autre par l’IRD. Puis une autre au pied de la dernière coulée datant de 1986 est l’occasion de rappeler le cycle trentenaire de ce volcan qui nous met dans une période «  à risque » Enfin nous atteignons un premier cratère en perpétuelle évolution, trou béant noyé de vapeurs soufrées…Michel nous y conduit par petits groupes car le sol est instable et il arrive qu’il y ait des projectiles, nous ne nous attardons pas…
S’ensuit la montée plus sportive au cratère principal, par bouffées, le soufre nous envahit, le masque n’est vraiment pas superflu ! Eboulis, rafales de vent, vapeurs aveuglantes nous font à peine oublier la faim après trois bonnes heures de marche et un petit déjeuner amputé des gâteaux et pains noyés…
Le spectacle est à la hauteur de l’effort : lac de lave au fond d’un gigantesque cratère que nous estimons de plus de 600 mètres de fond sur environ 150 m de diamètre … Vertigineux s’abstenir d’autant que des rafales violentes nous déstabilisent.
Michel nous emmène déjeuner de l’autre côté du cratère d’où l’on découvre un autre spectacle : encore un volcan, lieu tabou, éteint celui-là et recouvert de végétation vert tendre qui nous plonge dans une ambiance préhistorique…
Certains irréductibles attendent la tombée de la nuit pour jouir du spectacle crépusculaire, les autres, transis et fatigués redescendent au camp que nous atteignons à la nuit.

J7 - Départ vers 10h00 ce mercredi matin avec une nouvelle équipe de « sherpas » (non ce n’est pas du verlan !) venus d’Endu, sur la côte est la veille au soir. Ils chasseront le cochon sauvage et festoieront une bonne partie de la nuit pour le plus grand repos des riverains que 6 bonnes heures de marche attendent désormais !
Au moins le temps est beau et dégagé et la caldeira se montre enfin sous son meilleur jour avant que nous ne la quittions pour la descente par ce sentier parfois abrupte qui serpente au cœur de la forêt tropicale… La température et l’humidité remontent et nous allons manquer d’eau. Notre guide coupe au sabre d’épaisses lianes gorgées du précieux liquide étonnamment frais.
Ampoules et douleurs musculaires diverses nous font espérer l’arrivée au pied de la colline qui offre enfin une plage accueillante malgré de puissants rouleaux.
Un « comité d’accueil » a monté une cabane fleurie agrémentée d’une table dressée remplie de fruits et boissons fraîches locales : nous croyons rêver ! Un bain de mer et une bonne table !
La tribu d’Endu est à l’image de l’accueil, impeccable, lumineuse, fleurie et souriante, eau courante, coin douche, petites boutiques achalandées ! (de la bière fraîche ! ) Le Club Med !
Le chef très charismatique nous accueille d’abord d’un point de vue technique et s’enquiert de tout ce dont nous avons besoin, viendront ensuite les coutumes plus solennelles ! Jean, arrivé par bateau la veille a bien« déminé » le terrain !
Il est environ 16 h et nous convenons de faire relâche mais d’entamer les consultations vers 7h00 demain. Notre séjour y sera l’un des plus agréables d’Ambrym.
Presque vraie douche, kava « ambiance pub » et bière, une très belle table dressée chez le chef par les femmes où nos hôtes attendent poliment pour se servir à leur tour, la soirée est mémorable !

J8 - Vendredi matin, après une coutume bien ordonnée nous entamons les consultations avec deux bonnes heures de retard sur l’horaire, assistés de Ruth aide-soignante en charge du dispensaire, un peu étroit et vieillot mais propre et rangé. Peu de francophones dans cette tribu protestante, mais le dialogue est facilité car Jean est de retour ! Au moins 5 goitres « d’école » dont un que l’on devinerait asphyxiant mais la patiente consulte pour un mal de dos ! Je ne crois pas en avoir vu sur l’autre côte : Eric et moi rêvons à un échographe portatif ! De toute façon nous n’avons pas de thyroxine…Kathy vient se réfugier chez les médecins car la « masseuse » est prise d’assaut : plus de kiné sans prescription médicale, comme à la Cafat ! Pour une raison obscure Ruth insiste pour que chaque patient note son nom avant d’être vu : au moins pouvons-nous estimer le nombre de consultations hors soins dentaires, kiné et SF : plus de cinquante ce matin-là…Ruth est assidue et motivée mais son niveau nous paraît insuffisant pour la formation complémentaire à Nouméa.
Au demeurant elle maîtrise bien les stocks et péremptions aussi me risqué-je à demander le nombre de cas de palud : environ 10 par moi selon elle ! Un test sur goutte de sang et un traitement de 3 jours par Artemeter est disponible sous forme d’échantillon prêt à l’emploi. Encore une fois, avec les sachets pré-imprimés de délivrance de médicaments dont nous userons larga manu ce système « anglo-saxon » mériterait d’être copié car efficace et économique de mon point de vue.
Dernier soir à Endu où, pour nous remercier, le chef nous offre encore sa table avec un cochon grillé pour l’occasion. Il tient à nous dire quelques mots et nous lui rendons la politesse en associant Michel Massa pour sa collaboration et Pierre-Alain pour Tanna Solidarité.

J9 - Samedi matin : ultime pliage-déménagement et cap sur Ulei à deux bonnes heures de marche, exception faite des volontaires accompagnant le matériel sur le Pick up .Nous quittons Endu avec un pincement de cœur.
En chemin nous croisons cases traditionnelles éparses, animaux dont un cheval famélique au piquet, le seul que nous ayons vu à Ambrym, enfants gambadant et plantations de kava, en haies essentiellement. Les gens paraissent étonnés de notre présence, les plus curieux nous abordent, ils disent ne pas être au courant de notre passage… Pourtant, là aussi le téléphone portable a fait un « blitzkrieg »  sur l’île !
Arrivée en milieu d’après-midi à Ulei : nous déchantons un peu… Impression de saleté, d’immense dénuement, visages fermés, cases et bâtiment en piteux état ! Nous comprenons un peu lorsque nous saluons le très vieux chef qui paraît sans force et résigné. La coutume est à l’image du reste mais nous sommes touchés par le geste du patriarche parti couper une branche de cycas en guise de présent. Etienne lui lègue tabac et manous et l’interprète nous ravit d’une parole presque biblique sur la paix et l’amitié. Ils paraissent déconcertés quant à l’organisation de la consultation. Une salle de classe a été libérée du peu de son contenu pour nous servir de dispensaire…Sale mais lumineux et vaste cet endroit nous convient et nous commençons notre ultime séance de consultations, la dentiste qui a énergiquement négocié le générateur « gratis » fait salle comble, encore une fois !
Katell nous fit bien rire quand, après avoir dit bien haut tout le mal d’un patient peu coopérant en le suspectant d’être moins « doudouille » quand il  « s’agissait de battre sa femme », le malheureux repartit tout sourire lâchant un « merci madame » parfait au sein de cette tribu anglophone !
La pathologie confirme le premier sentiment : l’hygiène est épouvantable et ¾ des patients, surtout les plus jeunes sont victimes de parasitoses et mycoses externes parfois profuses, impétigo et abcès dentaires en pagaille…Evidemment nous manquons de topiques et nous délivrons les poudres et pommades dans des doigts de gants noués afin de rationner les stocks ! Au moins deux cas d’infections urinaires basses chez des jeunes hommes (MST ?)
Nous avons pu remarquer la présence de pilules contraceptives et de préservatifs un peu partout dans les dispensaires à Ambrym mais en quantité apparemment très insuffisante ? La vaccination pentavalente ( D T C P H ) semble être une priorité et un objectif atteint à Ambrym comme à Tanna. Apparemment la dotation vaccinale relève de la coopération (australienne ?) et ne serait pas soumise aux affres financières de ce pauvre Etat.
Pourtant à deux pas de là coulent sans discontinuer des robinets hors d’état…
Les femmes, toujours, ont préparé un frugal repas que nous agrémentons de nos restes et de quelques gâteaux secs dénichés au « drug store » du village. Pour la première fois à Ambrym il nous sera demandé 500vt par assiette et nous réexpliquons notre démarche bénévole…Nous ne payons évidemment pas mais, comme ailleurs les dédommageons du carburant et consommons kava, rares boissons et gâteaux ou café disponibles à la vente…Nous faisons téléphoner à « Karl » Kalangai ( 678- 53 44 725 ou 678 -53 44 722 ), l’infirmier dont nous avait parlé Yvon car nous souhaitons le rencontrer lui et sa femme, sage-femme.
Eric et Katell les avaient brièvement aperçus lors d’une précédente visite qu’ils avaient effectuée sur l’île à titre privé et en gardaient un souvenir très positif. En effet, tout comme Yvon à l’ouest, il semble être le pilier sanitaire de ce côté-ci d’Ambrym, est au moins trilingue, possède une auto et parait très motivé par l’expérience de formation complémentaire à Nouméa. Il est basé à Utas au « Utas Health Center –SE/AMBRYM – VANUATU ».

J10 - Dimanche matin nous plions une dernière fois bagages, sans trop de regrets cette fois pour rejoindre à pied la piste d’Ulei où notre vol est annoncé pour midi, nous laissons à Karl tout ce qui nous reste de matériel médical et médicaments et un retard de deux heures pour notre avion nous laissera le temps de lui en expliquer chaque usage. La pesée pose donc moins de problème d’autant que nous sommes seuls dans l’avion du retour. Sans avoir déjeuné, nous lézardons sur le tarmac herbu de cette piste que la tribu souhaiterait vendre pour 2 000 000 Vt… le gouvernement ne versant pas ou plus de loyer aux coutumiers si j’ai bien compris. Quelques ultimes conserves douteuses des fonds de placards du « drug store » nous font patienter avant de monter dans l’avion qui nous ramène à Vila par grand beau temps. Nous survolons le chapelet d’îles qui entourent Ambrym avant d’atteindre Vila dont nous partirons le soir même pour Nouméa.


En conclusion : Mission dense, intense, parfois éprouvante mais toujours passionnante qui aura permis de baliser les objectifs et les moyens d’une prochaine expédition  :
Le budget de fonctionnement (frais généraux hors billets et hôtellerie) aura atteint les 100 000 Vt soit environ 10 000 Vt jours pour 10 personnes «  à charge » soit environ 1000 Vt par personne et par jour (comptes précis auprès d’Etienne), sachant que nous avons bénéficié gracieusement cette fois des services de Michel et nous l’en remercions. Les porteurs ont constitué la plus grosse part du budget. Une piste de réflexion serait peut-être de faire transiter une partie du matériel et de l’équipe par bateau ( environ 18 000 Vt la navette) ne resteraient que les guides et quelques porteurs pour ceux souhaitant emprunter la voie terrestre et voir le volcan… ce qui n’est pas nécessairement physiquement à la portée de tous, surtout si les conditions météo ne sont pas optimales.
Sur le plan dentaire, la mallette a bien rempli son rôle mais il reste à améliorer ses conditions de transport pour assurer sa pérennité. Deux dentistes sont nécessaires, deux médecins et au moins une infirmière, kiné et sage-femme  « adaptables » sont recommandés.
Les médicaments doivent être plus adaptés et conditionnés aux besoins, ce qui rend nécessaire un ou une référent-pharmacie dont les prérogatives seraient de collecter, trier et conditionner nos médicaments avec liste opposable à la douane et facilement consultable par les soignants.
Enfin il parait illusoire d‘apporter autre chose qu’une aide ponctuelle mais très appréciable au niveau dentaire en particulier, raison pour laquelle la formation du personnel local demeure une priorité, tout comme la collaboration avec les correspondants locaux tels que Yvon et Karl.
Nous sommes très attendus et accueillis globalement très chaleureusement, veillons à ne pas décevoir tout en gardant notre ligne de conduite qui est de se prémunir contre tout assistanat et toute pression politique ou religieuse.
Longue vie à l’association Solidarité Tanna !



Arnaud DUPRET





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